Grand Concert 30E anniversaire
Salle Claude-Champagne
Cheffe
Lorraine Vaillancourt
Programme
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Canada
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Lettre posthume de Conrad
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France
,États-Unis
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Déserts
(Note)
Musique d’envergure, vive, dure, brutale, furieuse et mystérieuse, intégrant bruits primitifs, urbains et d’usines, Déserts déclencha l’un des scandales les plus impressionnants de toute l'histoire de la musique lors de sa création, le 2 décembre 1954, au Théâtre des Champs-Élysées à Paris. Retransmis en direct par la RTF (Radiodiffusion-télévision française), avec Pierre Henry à la console et l'Orchestre National de France dirigé par Hermann Scherchen, une telle réaction du public face au « génie novateur » ne s’était jamais revue depuis la mémorable création du Sacre du Printemps de Stravinsky, présentée dans cette même salle quatre décennies plus tôt.
Varèse appartient à une génération de compositeurs nés à la fin du XIXe siècle et qui ont ressenti le besoin de rompre, de manière plus ou moins radicale, avec le système tonal. On peut penser à Schoenberg (1874-1951), Stravinsky (1882-1971) ou encore Bartók (1881-1945). Contrairement à ses contemporains, Varèse ne cherche pas seulement un moyen de substitution au système tonal, mais aussi un moyen de libérer le son, de s'affranchir de la pensée grammaticale, et de composer le son lui-même, considérant que ce que l’on nomme bruit peut devenir son s’il est organisé rationnellement. D’où le grand intérêt pour les instruments à percussion et pour les bruits urbains. L’œuvre Déserts représente, en quelque sorte, l'aboutissement d'une vie consacrée à la recherche de ce nouveau paradigme compositionnel axé sur le son.
La musique de Déserts s'éloigne du langage, elle n'est plus narrative, mais s'approprie l'espace-temps dans un pur jeu d'inertie et de mouvement, de silence et de densité, de lointain et de proche. L'oreille n'est guidée que par des figures sonores qui nous apparaissent toujours changeantes, ce phénomène étant renforcé par le choix bien affirmé d’un effectif instrumental constitué de vents, de percussions, d'un piano et d’électronique. La palette de timbres est extrêmement diversifiée, déployant un large éventail sonore et des potentialités dynamiques et rythmiques vertigineuses; du tuba contrebasse au piccolo, des timbales au glockenspiel et des sons d’orgue aux bruits industriels enregistrés sur bande. Varèse exclut volontairement les cordes, comme dans la plupart de ses œuvres pour ensemble, les jugeant trop « molles », selon ses propres termes.
Déserts se dessine en quatre parties instrumentales, entrecoupées par trois parties électroniques diffusées sur système stéréo, ce que Varèse qualifie « d’interpolations de sons électroniques organisés ». Les sonorités de la bande sont issues de sons purement électroniques, d’instruments de percussions, de l’orgue de l’église Saint Mary of the Virgin de New York et de bruits industriels captés dans diverses fonderies, scieries et usines de Philadelphie. Cette juxtaposition d’instruments acoustiques et de sons enregistrés nous met en présence de l’un des premiers exemples de musique dite mixte.
En ce qui a trait au titre, Varèse le décrit comme suit : « J’ai choisi comme titre Déserts parce que c’est un mot magique qui suggère des correspondances à l'infini. Déserts signifie pour moi non seulement les déserts physiques, du sable, de la mer, des montagnes et de la neige, de l’espace extérieur, des rues désertes dans les villes, non seulement ces aspects dépouillés de la nature, qui évoquent la stérilité, l’éloignement, l’existence hors du temps, mais aussi ce lointain espace intérieur qu’aucun télescope ne peut atteindre, où l’homme est seul dans un monde de mystère et de solitude essentielle. »
Loin du scandale et des tumultes des Champs-Élysées, six jours seulement après sa création, Déserts connut le succès à Hambourg avec Bruno Maderna à la direction et Karlheinz Stockhausen à la régie, et fut fort bien accueillie lors de la première américaine dirigée par Frederic Waldman, en mai 1955, au Bennington College dans le Vermont.
Sources éditées :
Mathieu, J. (2004), « Un mythe fondateur de la musique contemporaine : le "scandale" provoqué en 1954 par la création de Déserts d'Edgar Varèse », Revue d’histoire moderne & contemporaine, vol. 51, no 1, p. 129-152.
Lalitte, Ph. (2010), « Déserts d’Edgard Varèse, ou l’apothéose du son », Laboratoire d'Étude de l'Apprentissage et du Développement de l’Université de Bourgogne, analyse musicale, no 63, p. 79-89.
« Edgard Varèse : Compositeur français (Paris, 1883 – New York, 1965) », Documentation Musicale de Radio France, repéré à
https://www.francemusique.fr/personne/edgard-varese (consulté en avril 2019).
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Déserts
(Note)
Musique d’envergure, vive, dure, brutale, furieuse et mystérieuse, intégrant bruits primitifs, urbains et d’usines, Déserts déclencha l’un des scandales les plus impressionnants de toute l'histoire de la musique lors de sa création, le 2 décembre 1954, au Théâtre des Champs-Élysées à Paris. Retransmis en direct par la RTF (Radiodiffusion-télévision française), avec Pierre Henry à la console et l'Orchestre National de France dirigé par Hermann Scherchen, une telle réaction du public face au « génie novateur » ne s’était jamais revue depuis la mémorable création du Sacre du Printemps de Stravinsky, présentée dans cette même salle quatre décennies plus tôt.
Varèse appartient à une génération de compositeurs nés à la fin du XIXe siècle et qui ont ressenti le besoin de rompre, de manière plus ou moins radicale, avec le système tonal. On peut penser à Schoenberg (1874-1951), Stravinsky (1882-1971) ou encore Bartók (1881-1945). Contrairement à ses contemporains, Varèse ne cherche pas seulement un moyen de substitution au système tonal, mais aussi un moyen de libérer le son, de s'affranchir de la pensée grammaticale, et de composer le son lui-même, considérant que ce que l’on nomme bruit peut devenir son s’il est organisé rationnellement. D’où le grand intérêt pour les instruments à percussion et pour les bruits urbains. L’œuvre Déserts représente, en quelque sorte, l'aboutissement d'une vie consacrée à la recherche de ce nouveau paradigme compositionnel axé sur le son.
La musique de Déserts s'éloigne du langage, elle n'est plus narrative, mais s'approprie l'espace-temps dans un pur jeu d'inertie et de mouvement, de silence et de densité, de lointain et de proche. L'oreille n'est guidée que par des figures sonores qui nous apparaissent toujours changeantes, ce phénomène étant renforcé par le choix bien affirmé d’un effectif instrumental constitué de vents, de percussions, d'un piano et d’électronique. La palette de timbres est extrêmement diversifiée, déployant un large éventail sonore et des potentialités dynamiques et rythmiques vertigineuses; du tuba contrebasse au piccolo, des timbales au glockenspiel et des sons d’orgue aux bruits industriels enregistrés sur bande. Varèse exclut volontairement les cordes, comme dans la plupart de ses œuvres pour ensemble, les jugeant trop « molles », selon ses propres termes.
Déserts se dessine en quatre parties instrumentales, entrecoupées par trois parties électroniques diffusées sur système stéréo, ce que Varèse qualifie « d’interpolations de sons électroniques organisés ». Les sonorités de la bande sont issues de sons purement électroniques, d’instruments de percussions, de l’orgue de l’église Saint Mary of the Virgin de New York et de bruits industriels captés dans diverses fonderies, scieries et usines de Philadelphie. Cette juxtaposition d’instruments acoustiques et de sons enregistrés nous met en présence de l’un des premiers exemples de musique dite mixte.
En ce qui a trait au titre, Varèse le décrit comme suit : « J’ai choisi comme titre Déserts parce que c’est un mot magique qui suggère des correspondances à l'infini. Déserts signifie pour moi non seulement les déserts physiques, du sable, de la mer, des montagnes et de la neige, de l’espace extérieur, des rues désertes dans les villes, non seulement ces aspects dépouillés de la nature, qui évoquent la stérilité, l’éloignement, l’existence hors du temps, mais aussi ce lointain espace intérieur qu’aucun télescope ne peut atteindre, où l’homme est seul dans un monde de mystère et de solitude essentielle. »
Loin du scandale et des tumultes des Champs-Élysées, six jours seulement après sa création, Déserts connut le succès à Hambourg avec Bruno Maderna à la direction et Karlheinz Stockhausen à la régie, et fut fort bien accueillie lors de la première américaine dirigée par Frederic Waldman, en mai 1955, au Bennington College dans le Vermont.
Sources éditées :
Mathieu, J. (2004), « Un mythe fondateur de la musique contemporaine : le "scandale" provoqué en 1954 par la création de Déserts d'Edgar Varèse », Revue d’histoire moderne & contemporaine, vol. 51, no 1, p. 129-152.
Lalitte, Ph. (2010), « Déserts d’Edgard Varèse, ou l’apothéose du son », Laboratoire d'Étude de l'Apprentissage et du Développement de l’Université de Bourgogne, analyse musicale, no 63, p. 79-89.
« Edgard Varèse : Compositeur français (Paris, 1883 – New York, 1965) », Documentation Musicale de Radio France, repéré à
https://www.francemusique.fr/personne/edgard-varese (consulté en avril 2019).
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Date et lieu
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Université de Montréal
220 avenue Vincent-d'Indy
Montréal QC H2V 2T2
Canada