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Le NEM sur la route…

… au CÉGEP Marie-Victorin
[crédit photo : Eightie Trois]

Le Nouvel Ensemble Moderne proposait une répétition publique de l’oeuvre de Zach Sheets aux élèves du CÉGEP Marie-Victorin hier.

Ce fut l’occasion pour moi d’entendre cette oeuvre, from cairn terrain, dans son premier filage, et de me laisser porter par cet univers sonore en constant déploiement.
Au début, il y a une sorte de paysage, sans limites, peut-être froid. Un désert de pierres ou bien une étendue enneigée. Des évènements sonores très secs, nerveux, courts, balisent le terrain et forment au fur et à mesure des sortes de repères dans l’espace musical. D’autres sonorités, larges, semblent se déployer à l’infini grâce à un savant jeu d’orchestration qui les emmène d’un instrument à l’autre. Les couleurs changent, le chant se prolonge et prend appui sur les balises pour les dépasser. Peu à peu, le discours musical se resserre. Des gestes nerveux et volubiles de plus en plus rapprochés prennent d’assaut l’univers sonore et transforment l’espace musical en une forme géométrique, un fractal bouillonnant, en constante transformation. Des échappées mélodiques et nerveuses en transgressent les frontières découpées avec précision, des accords larges et imposants étalent leurs couleurs. Les masses sonores se tordent, se plient, éclatent, et finalement explosent pour nous laisser aux portes du territoire dépeint au tout début de l’oeuvre. A nouveau aux portes de cet espace enneigé et sans limites, mes oreilles résonnaient de tout son éclat.
En écoutant cette pièce, je me suis soudainement rappelé mes premiers coups de foudre pour la musique contemporaine, pour ces jeux sonores qui tissent leur toile dans mon imaginaire, et invitent par leur subtilité mes oreilles à s’ouvrir toujours plus grand, avides de poursuivre le jeu.

Ida Toninato
pour le NEM

from cairn terrain
Zach Sheets
le 25 novembre 2016 à 19h30
salle Claude-Champagne

Des chemins de traverse

À l’occasion de la cérémonie de remise des Prix du Québec, notre chef Lorraine Vaillancourt délivrait un discours émouvant, dans lequel elle rappelle la nécessité, l’urgence même des chemins de traverse et de la création. La pianiste, chef d’orchestre et pédagogue a été honorée du Prix Denise-Pelletier.
Son discours, prononcé le 9 novembre 2016 à l’hôtel du Parlement, a ému plus d’un auditeur ; le voici :

« Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, merci, merci à tous les membres du jury et merci à l’Université de Montréal qui a soumis ma candidature, et une pensée très émue à cette grande actrice, cette grande artiste qu’était Denise Pelletier.
Si on mesurait systématiquement la qualité des choses à la quantité de personnes qui les consomment, je ne serais pas ici aujourd’hui.  Je vis dans un pays qui privilégie à tort ou en tous cas trop à mon avis le consensus. Je vous remercie de faire illusion encore et je crois que l’on peut emprunter des chemins de traverse sans être condamné à la solitude ou au silence.

Si je suis ici aujourd’hui je le dois évidemment à tous ceux qui m’ont précédée, enseignée, accompagnée, tirée vers le haut, suivie, écoutée, endurée.  Je ne serais pas ici sans tous les musiciens, toutes les musiciennes qui sont assis depuis quatre décennies devant moi et qui continuent de m’éblouir avec leur talent, leur engagement, leur passion. Je ne serais pas ici aujourd’hui sans les compositeurs qui osent la modernité, la complexité, qui ont beaucoup de choses à nous dire. Je serai éternellement reconnaissante à tous les créateurs. Ils sont pour moi la partie la plus belle et la plus riche de ce Québec d’aujourd’hui.  Et, pour faire écho à la belle soirée d’hier américaine, j’oserais ajouter qu’il faut insister, il faut répéter jour après jour, haut et fort, que les créateurs sont d’utilité publique, même si le retour sur investissement n’est pas toujours immédiat.

Je vous remercie. »

Indépendance, enchevêtrement et implication dans la communauté

Le dernier tête-à-tête du 13e FORUM a eu lieu aujourd’hui, donnant la parole aux compositeurs Quentin Lauvray et Sky Macklay.
Jeune français étudiant au conservatoire de Toulouse, Quentin Lauvray explore les formats orchestraux autant que de chambre ou électroacoustique. Sa miniature Geste,  écrite pour l’orchestre de son conservatoire, est faite d’une multitude de gestes musicaux indépendants les uns des autres. Dans ce dédale sonore, l’auditeur trace lui-même son chemin en choisissant les éléments auxquels il prête attention. . Ces éléments, changeant d’une écoute à l’autre, lui donneront une image de l’oeuvre en affinage constant.
La compositrice américaine Sky Macklay quant à elle explore les fonctions musicales en tant que motifs fondamentaux avec un très grand lyrisme. Son quatuor à cordes Many many cadences, qui lui a valu le prix Leo Kaplan 2013 ainsi que le premier prix de l’ASCAP, le Morton Gould young composer Award, en est un excellent exemple.
Très consciente des enjeux d’éducation concernant particulièrement les jeunes femmes et les encouragements qu’elles peuvent avoir de mener des carrières de compositrices, Sky Macklay enseigne tous les été dans le programme des Jeunes Musiciens de la Walden School. Une attention particulière est accordée à l’égalité dans la représentation des genres dans les élèves ainsi que dans le corps professoral.

DE LA FLÛTE AU NOISE

La troisième série de tête-tête a eu lieu aujourd’hui et a été une très bonne occasion de se rappeler à quel point la musique contemporaine est riche d’influences variées : du compositeur Zachary Sheets – qui est aussi flûtiste solo au Cape Symphony – au compositeur Stefan Maier qui vient des scènes harsh noise et de l’improvisation électronique, la conversation a mené les auditeurs d’une extrême des pratiques musicales à l’autre, en passant par la relation physique que ces deux compositeurs entretiennent avec le son. Étant tous les deux musiciens professionnels, ils partagent l’expérience d’une pratique musicale quotidienne faite de l’expérience et de la fabrication du son.
Pour Zachary Sheets, la pratique de la flûte informe le processus créatif, le nourrit dans le quotidien. Le temps qu’il passe à polir les résonances et les sons purs de son instrument lui permet de tisser une relation toujours plus profonde avec les instruments et leur réalité.
Le compositeur Stefan Maier quant à lui conçoit le son comme entité vivante de laquelle il capte les vibrations spécifiques pour les accentuer. L’improvisation au synthétiseur modulaire et la pratique du deep listening nourrissent ce créateur des extrêmes qui ne se soucie pas de savoir si un son correspond à la catégorie ‘technique étendue’ ou ‘son pur’. Stefan Maier cherche la qualité latente du son, qu’il révèle à l’intérieur de sa musique située dans l’espace existant entre la composition et l’improvisation. Composer relève de trouver la stratégie par laquelle les morphologies et dynamismes sonores auront suffisamment de place pour briller de leur plein potentiel.

 

TÊTE-À-TÊTE #2

Les tête-à-tête sont de courts entretiens entre un compositeur et le musicologue Paul Bazin, durant lesquels les idées, les concepts, les références s’échangent, de manière informelle, et en toute simplicité…
Aujourd’hui ce sont Alican Camci et Sebastian Dumitrescu qui ont discuté des influences qu’ils accueillent dans leur laboratoire de composition et de l’évolution de leurs langages musicaux respectifs.
Sebastian Dumitrescu, compositeur originaire de Roumanie et vivant en Finlande depuis un bout de temps, puise son inspiration autant dans la musique microtonal que dans son instrument, la basse électrique, et nous a parlé du concept de beauté en termes de théorèmes mathématiques et physiques. La beauté : quelque chose qui nous touche par sa profondeur, un mélange d’immuabilité et de fluidité…
Alican Camci, très intéressé par la fissure existant entre le son comme entité acoustique et le son comme signifiant, a abordé la perpétuelle oscillation entre le son qui est, et le son qui signifie quelque chose. Le son que l’on produit versus la tradition de l’instrument utilisé, le son que l’on créé versus le son non-intentionnel, qui existe dans la vie de tous les jours.

Le prochain tête-à-tête : mardi 8 novembre de 12h30 à 13h30 avecStefan Maier et Zach Sheets.

TÊTE-À-TÊTE #1

Les tête-à-tête sont de courts entretiens entre un compositeur et le musicologue Paul Bazin, durant lesquels les idées, les concepts, les références s’échangent, de manière informelle, et en toute simplicité…
Aujourd’hui, ce sont William Kuo et Daniel James Miller qui ont échangé avec notre musicologue/animateur. Respectivement canadien et américain, William et Daniel J. ont abordé les sujets de l’inspiration, des expériences d’écoute, de la réflexion qui entourent le processus compositionnel. Daniel J., qui utilise des enregistrements effectués sous l’eau, s’interroge sur les habitudes d’écoute hors des salles de concert, quant à William, il se préoccupe de savoir si son public à des habitudes d’écoute similaires aux siennes.
Qui écoute, et comment, a été l’objet de ce premier tête-à-tête… rendez-vous demain, à 12h30 à la cafétéria de la Faculté de musique, pour la suite des entretiens ! Apportez votre lunch…

Le 13e FORUM est à nos portes !

Le 13e FORUM international des jeunes compositeurs approche à grands pas et toute l’équipe du Nouvel Ensemble Moderne se réjouit d’accueillir les huit compositeurs participant à cet évènement bisannuel.
Choisis par un jury composé de Joël Bons (Pays-Bas), Philippe Leroux (France), Fabian Panisello (Espagne), Lorraine Vaillancourt  et présidé par John Rea (Canada), ils viennent de cinq pays : Alican Camci (Turquie), Stefan Maier et William Kuo (Canada), Sebastian Dumitrescu (Roumanie / Finlande), Sky Maclay, Zach Sheets et Daniel James Miller (États-Unis) et Quentin Lauvray (France).
Trois semaines de travail intensif les attends auprès de nos musiciens, jalonnées d’évènements (table ronde, conférence, entrevues et autres) prenant place à la Faculté de musique de l’Université de Montréal mais aussi au Centre de musique canadienne, au Cégep Marie-Victorin et à l’école secondaire Joseph-François Perrault.
L’horaire complet se trouve sur notre site web, en page d’accueil : au plaisir de vous rencontrer à l’un des nombreux évènements de FORUM !

Hébergement recherché pour compositeur FORUM !

Le Nouvel Ensemble Moderne se prépare à accueillir huit compositeurs venus de Finlande, des États-Unis, de l’Ouest canadien, de France ainsi que de Turquie.

Nous sommes actuellement à la recherche de volontaires qui souhaiteraient héberger ces charmants artisans de la musique d’aujourd’hui.

En échange, nous offrons une compensation financière ainsi qu’une paire de billets pour les concerts du 24 et 25 novembre !

Pour tout renseignement ou proposition, écrivez à l’adresse:  info@lenem.ca

Portrait : Keiko Devaux

Photo ©Caroline Désilets

Le Nouvel Ensemble Moderne accueille dès à présent sa nouvelle compositrice en résidence pour les deux prochaines années : Keiko Devaux.
Née en 1982 en Colombie-Britannique, Keiko Devaux est une compositeure instrumentale établie à Montréal depuis 2003.
Elle y compose régulièrement pour divers ensembles, chorégraphies et productions cinématographiques. Elle a également effectué de nombreuses tournées et endisqué plusieurs albums au sein de groupes de rock indépendant.

Sa démarche exploite un intérêt pour les traductions musicales au-delà des frontières disciplinaires. Elle compose actuellement un cycle d’œuvres pour petits ensembles qui imitent le discours psychologique et verbal des interactions humaines, ainsi que plusieurs pièces pour grand ensemble ou orchestre inspirées de volées, d’essaims et d’autres auto-organisations complexes, employant les structures rythmiques observées dans ces phénomènes naturels.

Elle détient un baccalauréat en musique (Écriture) de l’Université de Montréal et termine actuellement une maîtrise en composition instrumentale sous la direction d’Ana Sokolovic et François-Hugues Leclair.

Portrait : Malcolm Goldstein

Malcolm Goldstein, compositeur et improvisateur à l’honneur de notre Concert de la rentrée, est un violoniste  de renom, improvisateur de génie et compositeur recherché.
Malcolm a vécu à New-York à l’époque où l’avant-garde américaine explosait et la musique expérimentale se dessinait au fur et à mesure des happenings et des prises de risque. Il travaille avec James Tenney, John Cage, Philip Corner et se produit principalement en Amérique du Nord et en Europe.

Sa nouvelle oeuvre, commande du NEM dans laquelle il sera le soliste, emmène l’ensemble sur un sentier inhabituel, celui de l’improvisation. . Si la partie soliste de Malcolm est complètement improvisée, l’ensemble a quant à lui des consignes, de techniques de jeu, timbrales et rythmiques, qui guident son improvisation.

Pour les curieux, les amateurs et les passionnés, son livre Sounding the full Circle, est une bible d’information dont voici notre citation préférée :

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